Vous lancez la balle.
Votre chien part à toute vitesse.
Il l'attrape.
Et puis…
il s'allonge avec à vingt mètres.
Ou il revient dans votre direction avant de faire demi-tour.
Ou il revient parfaitement, mais repart dès que vous tendez la main.
Certains chiens poussent le concept encore plus loin : ils regardent la balle rouler puis vous regardent comme si la conclusion était évidente.
Vous l'avez lancée. À vous d'aller la chercher.
Rien de tout cela ne signifie automatiquement qu'il y a un problème.
Le lancer-rapporter paraît être une seule activité pour nous. Pour le chien, c'est en réalité une succession de comportements différents.
Le rapport n'est pas un comportement unique
Quand un chien effectue un beau rapport, tout paraît fluide.
Mais décomposons :
- l'objet part ;
- le chien décide de le poursuivre ;
- il l'attrape ;
- il garde l'objet en gueule ;
- il se retourne ;
- il revient vers vous ;
- il s'approche suffisamment ;
- il lâche l'objet.
Il suffit qu'une étape n'ait aucun intérêt pour lui pour obtenir un « mauvais rapport ».
Ce n'est donc pas très utile de répéter :
« rapporte ! »
si votre chien n'a jamais compris ce que vous attendez après avoir attrapé la balle.
Cas n°1 : il ne court même pas après la balle
Vous lancez.
Votre chien regarde.
Premier réflexe à éviter :
conclure qu'il ne sait pas jouer.
Il peut simplement ne pas être intéressé par cette balle.
Essayez un autre objet.
Une forme différente.
Une autre texture.
Un anneau.
Un jouet qui se déplace différemment.
Un objet qu'il apprécie déjà.
L'AKC souligne que certains chiens apprécient simplement moins le rapport et que l'intérêt pour le jeu dépend notamment de la motivation et de ce que l'animal trouve agréable.
Commencez également par des mouvements courts plutôt qu'un lancer spectaculaire à trente mètres.
Vous essayez d'abord de créer de l'intérêt, pas de battre un record de distance.
Cas n°2 : il poursuit mais ne prend rien en gueule
Votre chien démarre dès que la balle bouge.
Il arrive dessus.
Puis repart.
Dans ce cas, la poursuite elle-même peut être ce qui l'intéresse.
Avant de travailler le retour, il faut alors créer de la valeur autour du fait de saisir l'objet.
L'apprentissage du rapport peut être construit progressivement en récompensant d'abord la prise et le maintien de l'objet avant d'ajouter les autres étapes.
Travaillez près de vous.
Présentez le jouet.
Récompensez l'intérêt.
Puis le contact.
Puis la prise.
Inutile d'ajouter dix mètres de distance alors que la deuxième étape n'est pas encore claire.
Cas n°3 : il prend la balle et part avec
Voici probablement la situation la plus classique.
Votre chien a parfaitement compris :
poursuivre + attraper = intéressant.
Mais personne ne lui a véritablement expliqué :
attraper + revenir vers l'humain = encore plus intéressant.
La pire réponse peut être de lui courir derrière.
Vous risquez de transformer la récupération en jeu de poursuite dans lequel c'est vous qui poursuivez le chien.
Commencez au contraire sur quelques mètres.
Lorsqu'il possède le jouet, rendez le mouvement vers vous intéressant.
Reculez.
Encouragez-le.
Récompensez un retour, même incomplet.
Vous n'avez pas besoin d'obtenir immédiatement :
lancer à trente mètres → retour parfait → balle déposée dans la main.
Deux mètres correctement compris valent mieux que trente mètres de négociation.
Cas n°4 : il revient… mais garde la balle
Bonne nouvelle.
Votre chien sait déjà presque tout faire.
Il ne manque que la dernière étape :
lâcher.
Et là encore, sa logique peut être différente de la vôtre.
S'il a appris que revenir vers vous provoque systématiquement :
l'humain prend mon jouet et tout s'arrête,
pourquoi aurait-il envie de vous le donner ?
L'apprentissage de « lâche » ou « donne » peut donc être travaillé séparément, par échange. L'AKC recommande justement d'utiliser le principe du troc afin que le chien apprenne que lâcher un objet peut produire une conséquence intéressante plutôt qu'une simple confiscation.
Essayez deux jouets au lieu d'un
Pour certains chiens, cette technique débloque énormément de choses.
Prenez deux objets similaires qu'il apprécie.
Lancez le premier.
Votre chien le récupère.
Lorsqu'il revient vers vous, rendez le deuxième intéressant.
Quand il lâche le premier :
le deuxième part.
Vous créez alors une logique très claire :
revenir vers l'humain permet au jeu de continuer.
Plutôt que :
revenir vers l'humain signifie perdre ma balle.
Au fil des séances, vous pourrez réduire progressivement votre dépendance au deuxième objet.
Travaillez beaucoup plus près
Le grand lancer spectaculaire est agréable pour nous.
Pas nécessairement pour apprendre.
Si votre chien attrape parfaitement à deux mètres mais disparaît avec la balle lorsqu'elle part à vingt mètres, revenez à deux mètres.
Puis trois.
Puis cinq.
Vous ajoutez la distance seulement lorsque le comportement précédent est compris.
C'est également la logique d'un apprentissage progressif : construire d'abord les différentes composantes avant d'augmenter la difficulté.
Choisissez une balle qu'il peut réellement prendre
Un objet trop gros n'est pas confortable à saisir.
Un objet trop petit peut poser un problème de sécurité.
Une balle n'est donc pas choisie uniquement en fonction de la couleur qui vous plaît.
Regardez :
- le gabarit du chien ;
- la taille de sa gueule ;
- la facilité de préhension ;
- le comportement qu'il a avec l'objet ;
- l'état du jouet après les séances.
La Kroq-Ball actuelle, par exemple, existe en quatre diamètres — 5, 6, 7 et 8 cm — afin de couvrir différents gabarits, et sa fiche la destine explicitement aux jeux de lancer et de rapport.
Votre chien préfère peut-être autre chose qu'une balle
C'est une possibilité qu'on oublie facilement.
Certains chiens peuvent préférer saisir un objet plus large.
L'Anneau d'entraînement Kroq actuel est par exemple disponible en 18 et 28 cm et sa forme circulaire est spécifiquement prévue pour faciliter la prise en gueule et les jeux de lancer et de rapport.
D'autres peuvent préférer un objet allongé.
D'autres encore n'apprécient presque pas le lancer, mais adorent :
- la traction ;
- la recherche ;
- le flair ;
- apprendre des exercices ;
- chercher de la nourriture.
Ne transformez pas le rapport en obligation.
Arrêtez avant que le chien en ait assez
Un autre scénario classique :
Premier lancer : parfait.
Deuxième : parfait.
Troisième : retour un peu moins rapide.
Sixième : le chien garde la balle.
Dixième : il s'en fiche complètement.
La conclusion n'est pas forcément :
« il refuse de travailler ».
Il peut simplement avoir terminé sa partie.
Le jeu doit rester agréable et adapté au chien.
Pour l'apprentissage, quelques répétitions réussies sont souvent beaucoup plus intéressantes qu'une séance poursuivie jusqu'au désintérêt total.
Faut-il absolument que mon chien sache rapporter ?
Non.
Le rapport peut être pratique.
Il peut fournir un excellent jeu partagé.
Il peut même devenir une compétence très utile.
Mais votre chien n'a aucun devoir d'aimer les balles.
S'il préfère une promenade où il renifle pendant vingt minutes à quinze lancers successifs, vous n'avez pas « raté » son éducation.
Vous avez simplement découvert une préférence.
En revanche, si un chien qui adorait poursuivre et porter ses jouets cesse brutalement de le faire, particulièrement si d'autres changements apparaissent — gêne, baisse d'activité, difficulté à manger ou douleur apparente — mieux vaut en parler à votre vétérinaire.
Sinon, votre chien n'est peut-être tout simplement pas mauvais au rapport.
Il joue à une autre version du jeu que celle que vous aviez en tête.
Pour aller plus loin
Le rapport change nettement quand un deuxième chien entre en jeu :